Il sera toujours difficile de comprendre les lois de constitution de l'ontologie sans revenir à l'expérience originale qui mène à l'idée de l'être. Nicolas Malebranche est sans doute l'un des premiers philosophes à dégager l'ontologie d'une analyse exclusive du langage et à mettre l'accent sur le sentiment d'infinie légèreté qui accompagne, selon lui, la perception de l'idée de l'être.Mais comment l'être en général pourrait-il ne peser que de façon «légère» sur la perception de l'âme ? Et comment même l'être pèserait-il sur nous comme les corps les plus vastes, ou les plus infimes ? Quel est donc ce sentiment si incertain de l'être et comment est-il compatible, dans sa puissance même, avec une légèreté qu'on ne prête qu'à la distraction ? Peut-on fonder une métaphysique vraiment universelle sur une possibilité aussi peu déterminée et quelles lois, quelle vérité, quelle religion engendera-t-elle ? Quelle place, en somme, assigner au sentiment le plus fuyant et le plus ineffable de tous au coeur d'un âge de la pensée qui ne voulait régner que par ses clartés ?. Une nouvelle génération de chercheurs s'est efforcée de répondre à ces questions, et à d'autres encore, en usant, pour la première fois dans leur intégralité, des nouveaux moyens de travail constitués par les Oeuvres complètes de Malebranche publiées aux éditions Vrin.