Frédéric H. Fajardie fait partie de ces écrivains nés après 1945 que la période de la Seconde Guerre mondiale fascine. Tel une sorte de Malraux qui serait né trop tard, Fajardie a ainsi déjà raconté la guerre d'Espagne dans Une charrette pleine d'étoiles et campé des communistes en pleine Résistance dans Des lendemains enchanteurs et Ciao, Bella, ciao !. Avec Un pont sur la Loire, l'auteur met en scène cette fois une troupe de soldats français et une compagnie de Sénégalais. Le roman se déroule les 16, 17 et 18 juin 1940, trois jours durant lesquels ces soldats positionnés à proximité d'un pont sur la Loire décident de le défendre coûte que coûte contre les attaques de la Wehrmacht. Fajardie reste bien sûr fidèle à ses idées de courage et de fraternité qui ont toujours inspiré ses livres. Il décrit et fait dialoguer des hommes, simples soldats ou officiers qui, comme dans La Grande illusion, fraternisent. Dans un style direct et sans état d'âme, l'auteur décrit des combats violents où certains personnages meurent et d'autres pas. Le hasard de la guerre... Cependant, un personnage domine le roman : le sous-officier Henri Dragance. Ecrivain d'une cinquantaine d'années, ancien combattant de la guerre d'Espagne, il est à la fois revenu de tout et près à succomber comme un jeune homme à l'amour. Ainsi, la trame historique et la description des armes, des combats et des moyens de résistance des Français laissent place avant tout au récit d'une histoire d'amour entre Dragance et Sylvie, une jeune et jolie Polonaise qui se jette au cou de l'écrivain qu'elle admire. Dragance, c'est un peu le double rêvé, le Fabrice del Dongo de Fajardie. Mais grâce à la force de son imagination, de son écriture et de sa sincérité, ce rêve devient réalité. Le lecteur, quant à lui, se laisse emporter par le roman, inquiet pour les personnages, touché par la vérité des sentiments, les seuls qui résistent quoiqu'il arrive. --Ariane Charton