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CALENDRIER PYRENEEN NOUVELLE EDITION

Code EAN13: 9782708958531

Auteur : GRATACOS ISAURE

Éditeur : PRIVAT


   Épuisé
Extrait de l'avant-propos:

Le trois août 1989, lorsque je rencontrai pour la première fois Jean Francoite de Cap de Baus, devant sa maison à toit de chaume et de tôle, dans la vallée du Sour, en Haut-Couserans, il ne m'adressa d'abord que le sourire courtois pour touriste égaré. Mais je lui dis: «Tè! Je vous apporte le bonjour de Lucie de La Traverse! Et c'est de sa part que je viens vous voir.»
Il y eut un grand cri enthousiaste et Jean me fit tout de suite entrer dans sa cuisine: quand on trouve sur le pas de sa porte quelqu'un qui est envoyé par une connaissance commune, on ne le laisse surtout pas dehors. Il m'offrit bien entendu à boire, ouvrit puis posa sur la table la boîte de fer blanc contenant les biscuits et en donna un à son chien noir. Puis il s'assit de biais, un coude posé sur la toile cirée et se mit à rouler une cigarette dans ses doigts de quatre-vingt-trois ans qui avaient tenu le bâton de berger pendant soixante-dix saisons. Et là, l'oeil malin sous la casquette inamovible, il commença par écouter. Au bout d'une petite demi-heure de méfiance prudente - «Et qui c'est qui vous paie pour faire ça?»-, il se mit à parler. Il parla beaucoup, avec une fougue nostalgique, de ce que je lui demandais, et même de ce que je ne lui demandais pas. Mon magnétophone - petit, discret et silencieux, ce qu'il ne fut pas toujours - tournait. Et si je prenais quelques notes, ce n'était que pour tenter de saisir des gestes, des attitudes, et les détails d'un environnement, au cas où je ne reviendrais pas chez Jean avec un comparse et une caméra-vidéo. D'ailleurs, le maniement permanent du crayon impliquant que l'on ait l'oeil fixé plus souvent sur le papier que sur l'interlocuteur, il est, pour celui qui enquête, inadéquat à ce type de collecte qui est d'abord une rencontre entre celui qui cherche et celui qui raconte.

La Haute-Gascogne montagnarde du Comminges et du Couserans est le domaine de l'oralité triomphante, ce qui n'est pas une originalité. Nous sommes ici en présence de l'une de ces cultures dites «traditionnelles» de l'Europe, émanant de la période pré-industrielle et dont le vecteur essentiel de transmission est la parole. Pour cela, nous préférons le terme de «culture orale» à celui de «culture traditionnelle» car, «traditionnelle», la culture du monde «occidental» actuel l'est tout autant. S'il est une société truffée de «traditions» et de comportements «traditionnels», c'est bien celle du monde contemporain industrialisé et urbanisé. Mais ces traditions-là sont celles d'une société instruite sur elle-même par l'écriture et donc par l'Histoire. Alors que celles des sociétés rurales ne se sont transmises que par la parole et le mimétisme comportemental. Ces cultures n'ont effectué nulle capitalisation d'un savoir sur elles-mêmes: le savoir ne s'y transmet que par la parole, et la parole meurt avec les hommes.
Ainsi les cultures orales sont fragilisées par leur nature même. Toutefois, lorsque la transmission d'une coutume ou d'un rite n'est plus assurée dans le faire, ni celle d'une croyance dans ses effets, elle peut, par le dire, survivre dans les mémoires. Il est vrai que le sursis est éphémère. Il y a rarement plus de trois générations en présence pour faire vivre la mémoire collective par la seule transmission du bouche à oreille - avec les déformations et les re-créations que cela implique. Et quand intervient, comme dans l'ensemble pyrénéen au XXe siècle, une dépopulation rapide et une évolution socio-économique telles qu'elles induisent un changement radical dans les structures relationnelles, les maillons de la chaîne culturelle cassent vite.
Il importe donc de recueillir, tant qu'il en est encore temps, le témoignage des utilisateurs directs de cette culture qui n'en finit plus de mourir, c'est vrai, mais qui finira bien par y arriver. Ce témoignage est souvent le récit d'un vécu, mais émane aussi du capital-mémoire. L'information, en effet, peut être au premier degré: «Je dis, je fais et je crois que...», au deuxième degré: «Ma mère disait, faisait et croyait que...», voire au troisième degré: «Ma mère disait que sa grand-mère disait, faisait et croyait que...»
  • EAN
    9782708958531
  • Auteur
  • Éditeur
    PRIVAT
  • Collection
    DOMAINE PYRENNE
  • Genre
    Arts, société & sciences humaines - Histoire
  • Date de parution
    07/06/2007
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    488 g
  • Hauteur
    238 mm
  • Largeur
    150 mm
  • Épaisseur
    23 mm
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