Michel Feher se donne pour tâche d'identifier les nouveaux contours de la question sociale et de trouver les leviers d'action stratégiques nécessaires pour les luttes sociales à venir. Notamment appréhender les défis qui peuvent être lancés à des entreprises soumises aux exigences de leurs actionnaires mais aussi repérer les initiatives susceptibles d'infléchir une politique gouvernementale tout entière soumise aux souhaits des marchés obligataires.
L'emprise de la finance modifie aujourd'hui les attentes et les pratiques de l'ensemble des acteurs sociaux. C'est vrai des entreprises, qui veillent davantage au cours de leurs actions qu'à leur chiffre d'affaires, mais aussi des gouvernements, qui jugent plus urgent d'apaiser les inquiétudes de leurs créanciers que de répondre aux demandes de leurs électeurs. Même les particuliers gagent moins leur sécurité matérielle sur les revenus de leur travail que sur l'appréciation de toutes leurs ressources – leur patrimoine, mais aussi leurs compétences, relations, comportements. Selon Michel Feher, en déplaçant les enjeux de la question sociale, ces nouvelles priorités obligent la gauche à se réinventer. Car la " titrisation " des rapports humains sur les marchés financiers diffère de la marchandisation du travail sur le marché de l'emploi. Plus que sur l'extraction du profit, elle focalise les luttes sur les conditions d'allocation du crédit. L'exploitation que les employeurs continuent de faire subir à leurs employés renvoie désormais au pouvoir de sélection que les investisseurs exercent sur les " investis ". Les résistances à l'hégémonie des institutions financières devront trouver les moyens de peser sur les évaluations de la gouvernance entrepreneuriale et des politiques publiques en spéculant contre les critères qui président actuellement aux choix des financeurs. Si l'objectif poursuivi consiste à favoriser une autre circulation du capital, les militants qui les mettent en œuvre y puiseront également les éléments d'un imaginaire politique renouvelé.
Table des matières :
Remerciements Introduction Les pérégrinations de la morosité politique Enlisement technocratique et ingratitude populaire : le spleen libéral d'après guerre Deuil du laisser-faire et entrepreneuriat pour tous : les remèdes néolibéraux à la mélancolie Quête de confiance et gestion de portefeuille : la financiarisation des économies développées Distribution des revenus et valorisation du capital : l'ébauche d'une nouvelle question sociale 1. Les partis pris de la gouvernance entrepreneuriale Employeurs et investisseurs Extraction du profit et allocation du crédit Négociations et spéculations Calculer les coûts et évaluer les risques Salaire et responsabilité sociale des entreprises Employés et parties prenantes Cartels patronaux et agences de notation 2. Les obligés de la politique gouvernementale Fiscalité et endettement Élections périodiques et évaluations continues Sanctuarisation de l'espace et occupation du temps Mandats et obligations Défection des débiteurs et dédoublement des créanciers 3. L'appréciation des parcours individuels Abolition des privilèges et motivation des désœuvrés Projection de l'insécurité et triage des accrédités Travailleurs précaires et partenaires affranchis Subordination compensée et interdépendance sponsorisée Salariés et investis.
Notice biographique :
Michel Feher, philosophe, est l'auteur de livres en français et en anglais, et le fondateur de Cette France-là (collectif engagé qui a publié quatre volumes sur les politiques migratoires, dont deux à La Découverte), ainsi que de la prestigieuse maison d'édition new-yorkaise Zone Books.