Durant l'entre-deux-guerres, parmi la population estudiantine parisienne se trouve la plupart des futurs leaders de l'anti-impérialisme. Venus d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du Sud pour achever leur formation politique, ils se croisent, se fréquentent parfois, formulent déjà quelques aspirations sans que la Ville Lumière n'en sache rien. Michael Gobel nous livre une fresque vivante et minutieuse de cette période décisive. Ce livre retrace l'expansion, au cours de l'entre-deux-guerres, de l'anti-impérialisme mondial, mouvement dans lequel Paris joua un rôle de tout premier plan. La Ville Lumière accueillit en effet d'innombrables futurs leaders tiers-mondistes qui vinrent y faire, sans même le savoir, leur formation politique – formation qui, en retour, les mènera vers l'une des plus fantastiques déflagrations révolutionnaires de l'histoire. Dans ce Paris incroyablement cosmopolite où affluaient les âmes errantes venues du monde entier, on pouvait ainsi croiser Hô Chi Minh, Zhou Enlai, Léopold Sédar Senghor, C. L. R. James, George Padmore, Messali Hadj ou le révolutionnaire indien M. N. Roy. En étudiant le contexte sociopolitique parisien dans lequel ces apprentis activistes évoluaient, ce livre nous plonge dans des complots d'assassinat prétendument ourdis par des étudiants chinois, dans des manifestations menées par des nationalistes latino-américains, ou simplement dans la vie quotidienne des ouvriers algériens, sénégalais ou vietnamiens. Sur la base de rapports de police et autres sources de première main, Michael Goebel montre le rôle de force motrice essentiel joué par les mouvements migratoires et les interactions vécues au sein des milieux immigrés dans le développement de l'opposition à l'ordre impérial mondial, qui a fait se croiser les histoires de peuples issus de trois continents. S'appuyant sur les travaux de l'histoire globale et impériale, et sur les études des questions migratoires et " raciales " en France, ce livre ne propose rien de moins qu'une compréhension renouvelée des origines de l'idée de tiers monde et de tiers-mondisme.
Table des matières :
Introduction 1. Le carrefour du monde. Paris à l'intersection des migrations mondiales Les flux (et les reflux) Mobilité et réseaux Législations différenciées, regroupement et surveillance policière 2. La formation des communautés. Ethnicité quotidienne et culture populaire Race, ethnicité et naturalisation Nourriture et restaurants Musique et langue 3. Amants, époux, pères, travailleurs et soldats. Travail et vie privée Relations intimes, enfants et mariage Travail et salaire La politique de l'entraide 4. La rive gauche contre l'empire. Les étudiants du Quartier latin Des étudiants migrants Du 4-Mai 1919 au 30-Mai 1925 : le mouvement travail-études chinois Hérauts de la latinité : les étudiants latino-américains et leurs organisations Défier la métropole de l'intérieur : les étudiants vietnamiens et nord-africains 5. Paris, centre d'informations de la politique mondiale. Relations internationales et colonialisme Le wilsonisme et la conférence de paix de Paris La guerre du Rif, la Syrie et la Chine L'invasion italienne de l'Éthiopie 6. Les intermédiaires communistes. La gauche française, le Komintern et les anti-impérialistes Une alliance tendue L'Union intercoloniale La Ligue contre l'impérialisme et l'oppression coloniale 7. Une lingua franca révolutionnaire. L'anti-impérialisme, les droits civils et l'esprit républicain L'immixtion du républicanisme français dans l'anti-impérialisme mondial Le langage du désenchantement Pratiques quotidiennes du républicanisme 8. La vernacularisation du nationalisme. Un résultat annoncé ? Qu'y a-t-il dans un mot ? Usages contemporains du terme " nationalisme " Les fondements ethnoculturels de l'anti-impérialisme Cosmopolitisme et pan-nationalismes Nationalisme de droite, territorialisations et souveraineté Conclusion Liste des sigles et acronymes Annexe biographique Sources et bibliographie Liste des illustrations Index des noms Remerciements.
Notice biographique :
Michael Goebel est historien. Il enseigne l'histoire globale et de l'Amérique latine à la Freie Universität de Berlin.