Il y a trois siècles, Rousseau naissait à Genève (1712-1778). Ou plutôt, il y a trois siècles naissait à Genève un matricide, un dévoreur précoce de livres, un adepte de la fessée, un exhibitionniste, un inventeur d’un nouveau code musical, un auteur d’opéra, une tarentule morale, un père dénaturé, un relaps, un malade imaginaire incontinent, un copiste de musique, un rêveur solitaire, un amoureux transi, un paranoïaque adepte de la théorie du complot, un herboriste, un citoyen, un voyageur, un exilé, un pourfendeur du théâtre, un Arménien de pacotille, un ennemi de Voltaire, l’inventeur du Moi-Je, l’inventeur de l’Enfance, mais aussi, et surtout, un écrivain unique à la langue musicale, un philosophe et un antiphilosophe immense et révolutionnaire. Tels les cailloux du Petit Poucet qui guident l’enfant à l’orée du bois, la verve de Jean-Jacques est ici réunie, menant le lecteur aux portes d’une oeuvre éclatante et complexe qu’il est urgent, en ces temps mornes et simplificateurs, de découvrir ou de redécouvrir. Si l'on brûlait tous les livres ennuyeux, nous dit-il, que deviendraient les bibliothèques? Et si l'on brûlait tous les gens ennuyeux, il faudrait faire un bûcher du pays. Rousseau: un homme et une oeuvre qui ne brûlent pas, et qui pourtant nous enflamment!