JARRY EN VERVE (1873 - 1907), c'est d'abord et pour tous la radicalité du Père Ubu : "Quand j'aurai pris toute la phynance, je tuerai tout le monde et je m'en irai". Ce sont, ensuite, de très nombreuses anecdotes, telle celle-ci, relatée par André Breton : "Un jour, dans un jardin de Corbeil, Jarry s'amuse à déboucher le champagne à coups de revolver. Par-delà la clôture, la propriétaire de la villa veille sur ses enfants. Des balles s'égarant chez elle, provincialement vêtue, elle accourt, s'introduit avec cérémonie. Elle fait observer à la maîtresse de maison qu'elle n'a pas loué un champ de tir et ajoute, très digne, que ses enfants pouvaient être victimes du jeu. "Eh ! intervient Jarry, qu'à cela ne tienne, madame, nous vous en ferons d'autres". C'est, enfin, un humoriste, d'autant plus redoutable qu'il est toujours extrêmement logique : "Les antialcooliques sont des malades en proie à ce poison, l'eau, si dissolvant et corrosif, qu'on l'a choisi entre toutes les substances pour les ablutions et les lessives et qu'une goutte versée dans un liquide pur, l'absinthe, par exemple, le trouble."