Marc heurte trois fois son front contre la vitre. Le TGV Atlantique glisse, les visages défilent, la gare s'éloigne, les maisons passent, s'espacent, disparaissent. Exit Paris, port d'attache, qui n'est plus le centre de sa vie. Il n'y reviendra plus, puisqu'il vient de vendre son restaurant. Jusqu'à la dernière seconde, il a hésité à signer la cession de bail chez ce notaire de la place Saint-Michel. Jusqu'à la dernière seconde, main suspendue au-dessus du papier. Minutes en apesanteur, regards en attente. Son poignet a effleuré l'acte et la pointe noire a paraphé. Pourquoi a-t-il vendu? Ce restaurant, près du Pont-Neuf, l'avait pourtant lancé. Propulsé. Alors pourquoi? Coup de tête. Comme d'habitude, pour prendre un risque. Avec la conviction d'être vent debout, les orteils agrippés au bord de la falaise. Soudain, une certitude surgit: cette signature le sépare de ses fugues entre Paris et Biarritz. Cette évidence lui avait échappé. Il aimait cette vie de commis voyageur. Éviter de se fixer. Qu'a-t-il fait? Il lui faudra, à présent, se confiner en un lieu. En l'occurrence, son nouveau restaurant à Biarritz. Pas de quoi satisfaire ses envies d'errance. Tout avait commencé pour Marc Lettellier dans une belle villa d'architecte. Son père au barreau, comme son grand-père, sa mère au piano, en concerts incessants à travers l'Europe. Une nurse alsacienne pour dorloter ce fils unique, à la bouille craquante, qui vouvoyait ses parents trop absents. Au cours de son enfance traversée de mélancolie, il ne vivait que pour le plaisir, en ignorant le devoir. Pêle-mêle, il collectionnait tout. Les langues étrangères de ses voyages et une technique acceptable au piano, enseignée par une mère impatiente. Sa jeunesse demeurait un rêve permanent. Seule sa cousine Léonie affaiblissait chaque été son goût pour le repli et les dérives de la lecture: elle le rendait moins sauvage.