Extrait de l'avant-propos d'Alexandre WATTIN, Membre du Conseil d'Administration de la Société d'Histoire des Ordres et Décorations
Ordres nationaux et ordres ministériels doivent récompenser des Français et des étrangers qui auront, à des titres divers, acquis des mérites distingués ou éminents et rendu à notre pays des services dans des domaines d'une compétence spécialisée (professionnelle, associative, sportive, etc).
Sans conteste, la distinction symbolisée par les ordres et décorations place ceux qui la reçoivent au-dessus de leurs semblables en les désignant à leur respect et à leur admiration.
Strictement personnelle, non héréditaire, elle doit être décernée par une autorité souveraine, seule juge d'apprécier l'opportunité de la conférer. Aussi pare-t-elle son bénéficiaire d'un prestige moral et, par là même, exalte en principe son désintéressement.
Cependant, si le sens d'une décoration réside dans l'attention que lui attribue le bénéficiaire il réside également, sinon plus, dans celle que lui reconnaît l'ensemble des membres du groupe social au sein duquel il vit.
Une médaille, ou une croix suspendue à un ruban, n'attirera le respect sur celui qui la porte que si les autres savent qu'il s'agit d'une «distinction» due à de grands services, et non d'un bijou acquis ou hérité.
Elles sont ainsi remises pour un acte ou une série d'actes déterminés, dans un cadre orienté vers des services particuliers rendus au pays ou, plus récemment, à une organisation internationale. Un cérémonial empreint de dignité permet à tous de savoir dans quels domaines, civils ou militaires, son titulaire a mérité la reconnaissance de la Nation.
Comme l'écrivait très justement le Général Catroux, alors qu'il était grand chancelier de la Légion d'honneur:
«L'institution des décorations est pour la collectivité, dont elle atteste l'esprit de justice et de gratitude, un élément de force et d'ascension et, pour ses bons serviteurs, le miroir loyal reflétant leurs mérites.»
L'histoire des décorations démontre que depuis leur institution ces hautes récompenses répondent à une aspiration bien légitime de tous ceux qui se distinguent par des faits d'armes.
D'autres, sans verser leur sang, donnent le meilleur d'eux-mêmes dans des tâches souvent obscures et ingrates. Que l'on soit militaire ou civil, la patrie ne réclame pas toujours des actes héroïques et les services rendus peuvent mériter tout autant une distinction lorsqu'ils sont accomplis dans d'autres domaines honorables qui contribuent par leur rayonnement intellectuel, artistique ou même sportif, au renom de la France.
Aussi les législateurs ont voulu garder le prestige des ordres nationaux en définissant, pour sélectionner les postulants, des conditions strictes d'ancienneté et de titres évitant ainsi que les dossiers de proposition ne mentionnent, au paragraphe des titres à la décoration, que des activités accomplies dans le cadre normal des fonctions du candidat.