Extrait
PREMIÈRES ANNÉES
J'ai été un enfant heureux et chanceux. Certains pourraient voir des accents de mélodrame dans le récit de ces premières années, mais il n'en est rien. S'il m'était offert de recommencer cette vie, je ne demanderai pas à changer les cartes qui m'ont été données.
Je suis né à Paris, le 18 janvier 1923. Ma mère, originaire de Merléac, avait quitté sa Bretagne natale quelque mois auparavant. Née un peu avant le siècle, elle avait tout juste vingt ans lors de l'Armistice de 1918. Elle n'était pas mariée et je suppose qu'elle a souvent regardé avec mélancolie et le coeur serré, la liste des soixante-cinq garçons de son village "Morts pour la France". Un matin, il lui a fallu tout quitter : sa famille, ses amis, sa maison, son village. Son père rigoriste et inflexible comme beaucoup de sa génération, ne pouvait admettre une naissance illégitime sous son toit.
De celui qui fut mon père, je ne sais rien. Peut-être est-ce ce jeune homme, dont ma mère conservait la photographie, qui fit son service dans le déminage des champs de bataille, et sauta sur une bombe au début des années vingt.
(...)
J'ai été un enfant heureux et chanceux. Certains pourraient voir des accents de mélodrame dans le récit de ces premières années, mais il n'en est rien. S'il m'était offert de recommencer cette vie, je ne demanderai pas à changer les cartes qui m'ont été données.
Je suis né à Paris, le 18 janvier 1923. Ma mère, originaire de Merléac, avait quitté sa Bretagne natale quelque mois auparavant. Née un peu avant le siècle, elle avait tout juste vingt ans lors de l'Armistice de 1918. Elle n'était pas mariée et je suppose qu'elle a souvent regardé avec mélancolie et le coeur serré, la liste des soixante-cinq garçons de son village "Morts pour la France". Un matin, il lui a fallu tout quitter : sa famille, ses amis, sa maison, son village. Son père rigoriste et inflexible comme beaucoup de sa génération, ne pouvait admettre une naissance illégitime sous son toit.
De celui qui fut mon père, je ne sais rien. Peut-être est-ce ce jeune homme, dont ma mère conservait la photographie, qui fit son service dans le déminage des champs de bataille, et sauta sur une bombe au début des années vingt.
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