Robert Musil, né à Klagenfurt en 1880 et mort en exil en 1942 à Genève, a renoncé à une carrière universitaire pour se consacrer à l’écriture. Muni d’un solide bagage scientifique et philosophique, il a fait de la littérature un laboratoire expérimental lui permettant d’explorer le royaume méconnu des émotions et d’imaginer de nouvelles possibilités éthiques. De son premier roman Les Désarrois de l’élève Törless à son roman inachevé L’Homme sans qualités, en passant par ses nouvelles, ses pièces de théâtre et ses essais, Musil s’est révélé un observateur particulièrement lucide de l’effondrement de l’empire austro-hongrois et des bouleversements opérés par le cataclysme de la Première Guerre mondiale et la montée en force des totalitarismes. Ce " virtuose de la distance " a trouvé dans l’ironie, le multiperspectivisme et la philosophie de l’essayisme des angles d’approche adaptés à la complexité de son époque. Il s’est aussi penché, sous l’égide d’une " mystique diurne ", sur les multiples formes du sentiment amoureux, notamment à travers l’amour de l’homme sans qualités pour sa sœur Agathe, amour " aux confins du possible " où l’attrait de l’interdit se pare d’un rayonnement mythique.