Ce qui conduit de bout en bout l'expérience philosophique de Gilles Deleuze, c'est un anti-nihilisme, un immense amour de la vie. Dans son œuvre labyrinthique et baroque, les règnes minéral, végétal, animal et humain s'échangent ; dans le paradoxe, l'anomalie, le fragment, s'élabore une vie totale et continue. La vie, c'est l'immense toile d'araignée de plis de chaque être connectés aux plis de tous les autres, partout où les rencontres permettent d'animer ces plis et de leur donner un sens nouveau. La vie, c'est le coup de foudre quotidien des rencontres avec une couleur, des yeux, une main, une phrase. Des artistes (ici des romanciers : Proust, Butler, Döblin) et des métaphores devenues métamorphoses (ici les noces asymétriques de la guêpe et de l'orchidée) se mettent à dévoiler le côté central de l'œuvre.
Lire Deleuze, c'est aussi faire l'étonnante expérience de ce côté, pleinement philosophique, de la philosophie.