Les romans du XIXème siècle, Les Misérables, par exemple, regorgent des scènes de bravoure que sont les descriptions du bagne, des galères, de la guillotine... L'histoire, elle aussi, en particulier l'histoire des prisons, a donné son lot de recherches sur les conditions de détention, d'exercice du pouvoir, etc. Mais nous ne savons que peu de chose sur la chaîne des forçats, cette chaîne de criminels qui, dès le début du XVIIème siècle, sous le règne de Louis XIV, est publiquement traînée vers le lieu de la peine et de l'emprisonnement, donnant lieu à des manifestations de joie populaire qui célèbrent la victoire de l'Etat sur le crime. Le seul ouvrage qui y a été consacré ne traite précisément pas de la Révolution et de l'Empire (André Zysberg, Les Galériens, 1680 -1748, Seuil, 1987). L'histoire du "voyage organisé" de ces criminels - souvent employés dans la puissante flotte royale - se poursuit pourtant jusqu'en 1836, date à laquelle ces convois de ville en ville s'effectuent désormais dans des voitures fermées, à l'abri des regards. Ce livre rend compte des différents aspects de la chaîne : fabriquée et entretenue par des entreprises privées, elle est commanditée et gérée par des administrations publiques ; chemin de croix des prisonniers, étape punitive, elle doit préparer la rédemption de celui qui a fauté ; enfin, elle est également le spectacle grâce auquel le Pouvoir soumet les foules terrorisées.