Sur la base d'une vaste réflexion sur la réalité sociale ouvrière russe d'avant la révolution, Jean-Paul Depretto éclaire les mécanismes de domination par l'État soviétique du monde du travail, de la mise en coupe réglée des syndicats dès 1918 à la coexistence du salariat et du travail forcé qui atteindra son apogée sous Staline. La stratification sociale qui en résulte évoque une société divisée non en classes, mais en groupes de « statuts », au sens de Weber — « statuts » largement définis par l'État. S'appuyant sur des fonds d'archives inédits, accessibles après 1991, cette étude essaie également d'approcher mentalités, « humeurs » et formes de protestation des ouvriers eux-mêmes.