Une intellectuelle juive rassemble les debris d’un monde englouti.
Tout commence dans le ghetto. Tout commence a Slonim, en actuelle Bielorussie. En un an et demi d’occupation, les nazis y massacrent pres de 30 000 juifs. Parmi eux figuraient des tres proches d’Elise Marienstras. Mais comment parler d’un lieu quand il n’existe plus ? d’une epoque quand elle s’est evanouie ? de Slonim quand il n’en subsiste que quelques images qu’il faut exhumer, autrement dit presque rien ?
Slonim est “un symbole plus qu’un objet, une evocation plus qu’un souvenir, un mythe plus qu’une realite”. Cette realite, Elise Marienstras tente de la reconstruire au fil du recit de sa vie. Derriere les souvenirs et les evenements se deploie l’itineraire d’une intellectuelle juive, du ghetto au neuvieme arrondissement de Paris, du kibboutz des debuts d’Israel aux amphitheatres de la New York University. Des visages entrevus – celui d’Elie Wiesel, persuade d’avoir rencontre, au detour d’une rue parisienne, l’un de ses anciens compagnons de camp – aux evenements traverses – mai 68 dans les defiles, la ferveur communiste et les desillusions inevitables – c’est tout un pan de l’histoire du XXe siecle que le lecteur arpente. Sans oublier l’histoire d’un couple : Elise et Richard. Mais Slonim n’est jamais loin.
Ce texte touffu, souvent intime, toujours subtil, se penche sur les blessures que l’Histoire laisse dans son sillage. Les temoignages emergent du brouillard. Ceux qui survivent a la destruction et a la negation des hommes portent, malgre eux, le poids de visages et de mondes engloutis.