C’est le lecteur, «rêveur de grands chemins», que Christian Bobin place au cœur de cette prose brève et dense, où il poursuit sa transparente méditation sur le mystère du quotidien. Lire est une action de dépouillement : entre le lecteur et le livre se joue un discret démantélement de soi, une quête qui conduit moins à se trouver qu’à accepter de se perdre. Dans le silence, il n’est pas tant affaire d’acquérir ou de comprendre que de «s’appauvrir encore», jusqu’à laisser surgir en soi des lumières que seule la faiblesse pouvait inventer. Et si lire permet de s’éloigner du monde, c’est peut-être pour mieux y revenir, avec cette question au cœur : «Pourquoi lire, puisque tout est là ?».