Jordi Soler mêle réalité et fiction dans un aller-retour entre le Mexique et l’Espagne où l’Histoire se mêle à l’imagination exubérante de l’écrivain et c’est souvent drôle. La folle histoire de Kiko Grau Au XVIe siècle, Xipaguacin, une princesse aztèque fille de Moctezuma II, est enlevée par un noble espagnol qui l’emmène dans un village reculé des Pyrénées. Là, naitra un enfant qui sera à l’origine d’une lignée atteinte de folie et dépositaire d’un trésor qui, selon la légende, fut enterré par la princesse dans les terres catalanes. 500 ans plus tard, la recherche de ce trésor conduit le narrateur jusqu’à un personnage invraisemblable, Kiko Grau, qui profite de sa condition d’héritier de l’empire aztèque pour s’introduire dans la haute bourgeoisie de Barcelone. Un roman picaresque Entre le délire et la responsabilité historique que lui impose son origine, Son Altesse Impériale triomphe dans l’Espagne franquiste en escroquant tous ceux qui rêvent d’ajouter à leur nom un titre de noblesse qui les avalise socialement, aussi absurde que soit le titre et aussi mensongère que soit la reconnaissance qu’elle leur apporte. Ce Prince que je fus est le récit mirobolant de la vie trépidante de Federico de Grau Moctezuma, de ses gloires et de ses échecs, de son besoin d’ostentation, de son penchant pour la fête et l’alcool, de son goût pour l’ascension et la chute et de sa retraite obscure dans un village mexicain dont les habitants sont les seuls qui lui reconnaissent des liens avec la royauté préhispanique.
Extrait :
Comme l’histoire que je raconte commence ici à se rapprocher dangereusement de la fiction, et comme ce qui m’intéresse c’est que tout cela reste dans les limites de la plus stricte réalité journalistique, je reproduis ci-après une autre partie de l’article dont j’ai parlé au début, où le journaliste évoquait le trésor de la princesse Xipaguazin et aussi, plus brièvement, et en quelques touches à peine, la vie que mena Son Altesse à partir de la réinvention de sa dynastie ; au point où nous en sommes arrivés, il convient en effet de se demander si cet homme, légitime héritier de la princesse Xipaguazin et de l’empereur Moctezuma, avait le droit de remettre son lignage à flot, ou si en le faisant il commettait un délit et, dans ce cas, quel était, spécifiquement, le délit qu’il commettait ? Ceux peut-être qu’on lui imputa plus tard : escroquerie et appropriation indue de symboles de la noblesse. Quoique ce dernier point, tout bien considéré, soit un délit discutable, vu qu’à l’origine, nous l’avons dit ici même, tous les nobles sont rustiques, et toutes les décorations et les médailles de la noblesse sont également une invention, elles n’ont de valeur que dans la mesure où les gens croient en elles, comme ce fut le cas, précisément, pour tout l’attirail aztèque que proposa Son Altesse et qui, durant plus d’une décennie, fut un ensemble de pièces canoniques pour la noblesse espagnole.