Quels rapports les populations d’Amazonie brésilienne dites traditionnelles entretiennent-elles avec leur espace ? Comment le savoir territorial qui fait en partie l’originalité de ces sociétés amazoniennes se transmet-il des générations anciennes aux générations actuelles ? Telles sont les vastes questions auxquelles ont voulu répondre avec une admirable ambition sept géographes, sociologues et anthropologues. A en croire les textes législatifs qui ont émergé dans les années 1990 au Brésil, si ces populations venaient à être coupées de leur accès aux ressources, elles seraient menacées. Partant de ce postulat, l’équipe regroupée autour du projet éponyme de cet ouvrage a minutieusement collecté pendant quatre années des informations très divers allant de données GPS, à des entretiens spontanés ou dirigés, en passant par la lecture de rapports institutionnels à teneur statistique. Tout a été analysé, disséqué, questionné, pensé autrement pour aller au-delà du cadre existant. Il est ici question de quilombolas, de castanheiros ou encore de ribeirinhos que l’on suit puis perd au détour d’un pan de forêt, d’un bras de rivière. Guidés par cette équipe de chercheurs nous cheminons à travers le foisonnant d’informations qu’ils nous livrent, mélangent, recomposent, nous laissant perplexes ou rêveurs comme cette phrase de Maria Pereira, 72 ans : "Je suis née dans le Trombetas, et à cette époque il n’y avait pas ce truc des “communautés”, chacun faisait sa maison où il voulait et tout le monde allait et venait où il voulait." En filigrane se dessinent des populations ni tout à fait les mêmes ni tout à fait autres, mais dont l’adaptation aux modifications de leur environnement apparaît très créative. Lire Usages et représentations du territoire chez les populations traditionnelles d’Amazonie brésilienne c’est aller à la rencontre de ces populations invisibles avec l’agréable sensation une fois l’ouvrage refermé d’en avoir une connaissance à la fois intime et nouvelle.