Steve McCurry est sans aucun doute l'un des photographes
contemporains les plus fascinants. Depuis près
de 50 ans, il parcourt sans relâche le monde, ou plutôt les
mondes qui le composent, laissant son regard de magicien
s'enfoncer dans les profondeurs des vies qu'il croise.
En 1939, dans une lettre adressée à son collègue, le philosophe
Max Horkheimer, Walter Benjamin (1892-1940)
évoquait un ouvrage qui l'avait littéralement bouleversé.
Il s'agissait de Le Regard de Georges Salles, historien de
l'art et conservateur au musée du Louvre. Cet essai traite
de la relation entre les amateurs d'art et les objets, de la
manière dont ils regardent les choses, ainsi que de la correspondance
qui s'établit entre un sujet et un objet, et
des interférences qui entrent en jeu.
Cet oeil hanté, dont Benjamin parle dans sa lettre, est
l'oeil du sorcier à travers lequel se dessine l'envers du
monde, ramenant au visible ce qui était perdu ou avait
sombré dans l'oubli, au bord de l'extinction. Des fragments
d'un autre temps qui appartiennent à ces " peuples
primitifs ", à la civilisation de l'humanité, et qui, ensemble,
tissent une sorte de constellation, un " cosmos ", faisant
de nous les témoins de ce que nous n'avons jamais vu.
Steve McCurry est sans aucun doute l'un des photographes
contemporains les plus fascinants. Depuis près
de 50 ans, il parcourt sans relâche le monde, ou plutôt les
mondes qui le composent, laissant son regard de magicien
s'enfoncer dans les profondeurs des vies qu'il croise.
Des vies aux confins de la terre, inaccessibles depuis nos
côtes, car il faut être comme ces vies pour pouvoir les voir.
Des ruines d'Angkor aux conflits du Moyen-Orient, en
passant par les rituels de Holi en Inde, Steve McCurry est
en quête d'histoires à raconter, et pour cela, il prend son
temps. Le temps d'attendre, le temps d'écouter, le temps
de laisser la voix intérieure de ceux qu'il rencontre refaire
surface et de retranscrire une partie de la grande fresque
universelle de la condition humaine.
" La condition humaine est une énigme qu'il faut percer
à jour ", disait André Malraux, quel qu'en soit le prix.
Dans l'obscurité des massacres qui ensanglantent le
monde, dans les marécages de l'horreur, " l'oeil hanté "
de Steve McCurry saisit avec force ce qu'il voit. Ces images
sont des éclats de beauté qui surgissent de la nuit et s'inscrivent
dans nos mémoires.
Cet ouvrage de Steve McCurry rassemble près de 110
photographies, dont beaucoup sont inédites. Si la carrière
de ce grand photographe s'est construite autour
d'images emblématiques, sortes de monolithes
immuables, ce livre se propose d'explorer d'autres territoires,
de sonder d'autres profondeurs dans cette archive
incommensurable, et de redimensionner cette oeuvre en
réinterprétant la lecture de ces images à travers une
autre manière d'aborder et de raconter le monde.