Professeur, j'he?rite en Terminale d'e?le?ves qui ne mai?trisent pas l'accord du participe passe?, peinent a? de?chiffrer une phrase complexe et manient leur propre langue comme s'il s'agissait d'une langue e?trange?re, usant du " donc " et du " parce que " a? la fac?on d'un joueur cherchant a? deviner les nume?ros gagnants d'une loterie. En lisant leurs copies, j'ai trop souvent l'impression de me trouver devant des enfants malnutris, voire de?nutris, a? qui il faut d'abord donner une bouillie prote?ine?e par- ce qu'ils ne sont pas en e?tat d'avaler une nourriture plus consistante. Combien sont-ils en ce cas ? Beaucoup trop. Une grande partie de mes e?le?ves obtiennent leur baccalaure?at alors qu'ils sont dans un e?tat de quasi-illettrisme. Si l'on quittait jadis l'e?cole primaire en sachant lire et e?crire, on entre aujourd'hui a? l'Universite? en e?prouvant les plus grandes difficulte?s pour lire et en ne sachant plus du tout e?crire. De cette catas- trophe, tous sont complices : ministres de passage qui ne rendent ja- maiscomptedeleursme?faits, chroniqueurshors-solquilesencensent du haut de leur ignorance, intellectuels qui ont abandonne? la cause de l'e?cole pour de vains mais plus juteux bavardages, professeurs, aussi, qui distribuent sans conviction, uniquement pour qu'on leur " fiche la paix ", des notes auxquelles nul ne croit. La socie?te? tout entie?re semble indiffe?rente au pre?judice subi par d'innombrables jeunes gens qu'elle consent a? voir priver de lettres et d'instruction pourvu qu'on les gratifie de diplo?mes en chocolat apre?s leur avoir promis la " reoeussite " depuis le berceau. Le mensonge sur cette situation ne peut plus durer. J'ai donc de?cide? de re?ve?ler au public l'ampleur alarmante de la de?sinstruction nationale, d'en fournir des preuves et en indiquer les causes, dans la conviction qu'il nous est encore possible de nous relever collective- ment de ce de?sastre.