La mimèsis (conventionnellement traduite par imitation), le fabuliste nous l'apprend, est ce désir de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, et que le poète voit encore dans la violette qui regarde le ciel azuré " jusqu'à ce que sa couleur devienne ce qu'elle regarde ". Dans l'expression de ce désir, l'une et l'autre ont fait choix d'un modèle qu'elles s'efforcent d'imiter. Mais leur action d'imiter se déroule dans un climat bien différent : dans la quiétude pour la violette, dans l'inquiétude pour la grenouille. Car, dans son règne, la provocation est première. L'homme lui-même ne saurait échapper à cette mimèsis : pour lui, depuis les Grecs, elle qualifie à la fois l'action d'imiter un modèle, mais également, ce qui va le différencier nettement de l'animal, le résultat de cette action, c'est-à-dire sa représentation. Bien des sujets, et c'est ici l'occasion d'en examiner les principaux, donneront matière (deviendront des motifs) à imitation. Les hommes rassemblés en grand nombre : une foule, est aussi prétexte à mimèsis, où tout motif patent d'insatisfaction déclenche un processus victimaire, celui du bouc émissaire. C'est lui qui a été retenu à titre d'illustration en première de couverture.