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LES FILLES DE LA ROCHELLE

Code EAN13: 9782361994297

Auteur : THOMAS BROSSET

Éditeur : CROIT VIF


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Extrait

Extrait de la préface

Filles de La Rochelle, filles à marier, filles du Roy. Filles de vertu ou filles de rien ? Orphelines ou fugueuses ? Héroïnes oubliées. Filles de courage qui, un beau matin, ont quitté le vieux continent pour une terre nouvelle dont elles ignoraient tout. Leur mission, choisie pour quelques-unes, imposée pour la plupart, peupler un pays en faisant des enfants, beaucoup d'enfants. Au milieu du XVIIe siècle, la colonie française d'Amérique du Nord était constituée de 2 500 personnes, dont 80% d'hommes. La politique de natalité à mettre en place s'avérait toute simple : envoyer des femmes à ces hommes. Étrange destin que celui de ces conquérantes en jupons qui n'avaient pour seule arme que leur matrice. Au Québec, on les appelle les mères de la nation. En France, on ne les appelle pas. On les oublie. Elles auraient été plus de 800 à partir ainsi au XVIIe siècle. Sans billet de retour. Nos cousins Québécois qui ont adopté «Je me souviens» comme devise n'oublient rien. Entre les actes de baptême, de mariage, de décès, d'acquisition de biens, les fiches de débarquement des bateaux, ils ont recueilli un formidable fonds documentaire sur ce phénomène migratoire du règne de Louis XIV. C'est ainsi que 350 ans après, on peut retrouver trace de ces pionnières et reconstituer une partie de leur vie outre-Atlantique.

Les filles du Roy sont celles qui sont parties à partir de 1663 et jusqu'en 1673 avec une dot royale (de 50 à 100 livres). Elles furent environ 750 originaires de Normandie, de la région parisienne et du Poitou-Charentes. Paysannes, orphelines, bouches de trop à nourrir, elles n'étaient pas forcément incultes et illettrées. La plupart avaient reçu une éducation religieuse avant le départ ou à leur arrivée dans le couvent qui les accueillait et les préparait au mariage. Elles pouvaient ainsi occuper leur place dans la société québécoise sans avoir à rougir de leurs origines, s'adapter à leur nouvelle culture, savoir lire, tenir une conversation. Si le premier contingent partit bien de La Rochelle, les suivants furent plutôt choisis au nord de la Loire. Colbert et Louis XIV voulaient éviter d'envoyer des protestantes peupler ce nouveau territoire. Il ne voulait pas exporter le calvinisme.

Les filles à marier, rebaptisées «épouseuses» sur les rives du Saint-Laurent, n'avaient pas le roi pour parrain. Souvent parties de leur propre gré, elles ont précédé les filles du Roy de quelques années. Elles fuyaient la pauvreté. Beaucoup d'entre elles vivaient à La Rochelle ou dans le voisinage et regardaient, depuis leur tendre enfance, partir ces grandes caravelles vers ce monde mystérieux, de l'autre côté de la mer. Le monde du rêve et des terres infinies. La Rochelle sortait affaiblie de son long siège et des guerres de Religion. Bien des jeunes aspiraient à une nouvelle vie. Beaucoup d'hommes de la région avaient déjà franchi le pas et défrichaient les rives du Saint-Laurent.
  • EAN
    9782361994297
  • Auteur
  • Éditeur
    CROIT VIF
  • Date de parution
    20/03/2013
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    226 g
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