La réforme de la carte judiciaire amorcée en 2008 devait
inciter à une réflexion globale, non seulement sur
l'organisation judiciaire, mais aussi sur la façon dont un
contentieux est attribué à un juge ou à une juridiction. Perçue
comme l'un des moyens de mettre en oeuvre une justice
efficace et de qualité, la spécialisation des juges fait pourtant
débat. Elle agite la doctrine, impose aux juges un très haut
niveau de compétence et n'est pas sans influence sur les
auxiliaires de justice. Les raisons qui justifient une
spécialisation accrue ne manquent pourtant pas : la technicité,
la complexité d'un contentieux notamment ou encore la rareté
de certains d'entre eux, sont les plus classiques. Aussi, pour
répondre à l'objectif d'une meilleure justice, plusieurs moyens
sont utilisés. Il peut s'agir a minima de répartir les fonctions au
sein d'une juridiction de droit commun, en créant des
chambres spécialisées et des juges uniques aux fonctions
particulières, de sorte que la spécialisation n'est pas l'apanage
des juridictions d'exception, dites plus volontiers aujourd'hui,
juridictions spécialisées. Par ailleurs, l'attribution d'une
compétence matérielle précise peut aussi s'accompagner d'une
extension de compétence territoriale, permettant le
regroupement des contentieux au travers de pôles spécialisés.
Au-delà d'une compétence juridique spécifique acquise par
une formation appropriée, la spécialisation des juges implique
celle des assistants spécialisés et des auxiliaires de justice,
d'autant plus nécessaire que la spécialisation va souvent de
pair avec le caractère dérogatoire des procédures. Ces travaux
ont pour ambition de mieux comprendre les enjeux de la
spécialisation des juges, de mesurer ses avantages et ses
inconvénients, et de contribuer au débat à défaut de le clore.