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LOUIS-FERDINAND CELINE A SIGMARINGEN

Code EAN13: 9782359050950

Auteur : SAUTERMEISTER C.

Éditeur : ECRITURE


   Épuisé
Extrait de l'introduction

SIGMARINGEN, MÉMOIRE DE LA HONTE

Ça doit avoir de la dégaine
Le château de Siegmaringen

On s'y retrouve entre félon
Sous les lustres du grand salon

Louis Aragon, «Distiques
pour une carmagnole de la honte»

Louis Aragon a écrit deux poèmes sur Sigmaringen. Le premier, «Distiques pour une carmagnole de la honte», est resté longtemps inédit. Alerte et enjoué (les hôtes du Château y jouent, chantent et dansent), il contraste avec le second poème, «Les Neiges de Siegmaringen», publié dans Les Lettres françaises en février 1945, dans lequel sont énumérés, sur un ton élégiaque, les intellectuels de la cinquième colonne alors en fuite. Parmi eux se trouve Céline, que le poète déclare «caché sous les cendres»: signe de deuil ou signe de honte chez cet auteur qu'il a autrefois admiré? Il a même traduit Voyage au bout de la nuit en russe avec Eisa Triolet; mais la brouille est venue lorsque Céline, de retour d'URSS, fit paraître en 1936 son premier pamphlet, Mea culpa, un manifeste anticommuniste précédant le délire antisémite de Bagatelles pour un massacre (1937).
On notera qu'Aragon écrit, en 1945, le nom de Sigmaringen avec un «e», sans doute par jeu ironique avec Sieg, qui signifie «victoire». En cela, il devance Céline. Sigmaringen occupe alors les esprits car il abrite depuis septembre 1944 les restes du gouvernement de Vichy, la France de la honte dans le château de la trahison.
Pendant longtemps, le nom de Sigmaringen a hanté les tribunaux d'épuration; puis il a été relégué au fin fond de la conscience des Français, au point que beaucoup de chercheurs, et des plus sérieux, situent encore faussement en Bavière cette petite ville de l'Allemagne méridionale, confondant allègrement les rois de Bavière et les princes Hohenzollern de Souabe, province tranquille à laquelle, en fait, Sigmaringen appartient.
Sans Céline, on ne parlerait pas de Sigmaringen, déclarait en 1996 l'historien Henry Rousso2. C'est en effet l'écrivain, en publiant D'un château l'autre en 1957, qui a rappelé à la mémoire collective cet épisode aux relents de scandale. Au journaliste de Radio-Lausanne, Louis-Albert Zbinden, qui lui demande alors pour quelles raisons il fait paraître un tel ouvrage, Céline déclare d'un air faussement naïf:

- Sigmaringen, c'est un moment de l'histoire de France, qu'on le veuille ou non; il peut être regrettable, on peut le regretter, mais c'est tout de même un moment de l'histoire de France, ça a existé et un jour on en parlera dans les écoles...

Presque huit mois durant, Sigmaringen a hébergé entre ses murs plus d'un millier de collaborateurs fuyant les représailles de la Libération. Céline fut malgré lui, ainsi qu'il le prétend, leur compagnon pendant près de cinq mois:

Croyez-moi ce n'est pas par vocation que je me suis retrouvé à Sigmaringen. Mais on voulait m'étriper à Paris parce que je représentais l'antijuif, le fasciste, le salaud, l'ordure, le prophète du mal. Donc je me suis retrouvé en compagnie de 1142 condamnés à mort, français, dans un petit bled allemand. Ça valait le coup d'oeil, croyez-moi. Une cellule de 1142 types qui crèvent de rage, cernés par la mort; on ne voit pas ça tous les jours.
  • EAN
    9782359050950
  • Auteur
  • Éditeur
    ECRITURE
  • Genre
    Essais littéraires
  • Date de parution
    06/02/2013
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    485 g
  • Hauteur
    242 mm
  • Largeur
    156 mm
  • Épaisseur
    27 mm
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