La théorie décoloniale constitue l'un des discours phares de notre temps. Loin des imprécisions dont elle fait souvent l'objet, cet ouvrage, première synthèse en français sur son origine latino-américaine, offre une généalogie et une cartographie d'un continent de pensée méconnu en Europe. Mêlant récits historiques, portraits de théoriciens (dont Gloria Anzaldúa, Arturo Escobar ou Aníbal Quijano), extraits d'œuvres non encore traduites, explications de concepts clés, ce livre offre une introduction claire, informée et stimulante des apports d'un des courants les plus féconds de la théorie critique contemporaine. La conquête de l'Amérique, scène inaugurale de la modernité capitaliste, fut aussi l'acte de naissance de nouveaux rapports coloniaux de domination qui ont modelé une hiérarchie planétaire des peuples selon des critères raciaux, sexuels, épistémiques, spirituels, linguistiques et esthétiques. Or cette colonialité du pouvoir n'a pas été enterrée par les décolonisations. Si l'on veut en sortir, il faut (re)connaître les expériences vécues par celles et ceux qui ont résisté à l'imposition de ces régimes, les savoirs produits par les sujets marqués par la blessure coloniale, et tenter de discerner, dans ces fragiles " nouveaux mondes ", l'horizon d'un dépassement de la colonialité.
Table des matières :
Introduction 1. Le colonialisme en question Le colonialisme en question. Théorie postcoloniale et perspective décoloniale : influences, confluences, différences L'expérience coloniale et décoloniale latino-américaine Déplacements théoriques Les traditions critiques latino-américaines Précurseurs et marxistes hétérodoxes Le colonialisme interne Structuralisme et théories de la dépendance Les pensées de la libération Penser la frontière : la théorie chicana 2. Modernité/Colonialité/Décolonialité Un " collectif d'interprétation " Le " moment " 1992 Aníbal Quijano et Immanuel Wallerstein : l'américanité Enrique Dussel : le recouvrement de l'Autre Le GLES et la critique du latino-américanisme Walter Mignolo : le côté sombre de la Renaissance Le groupe Modernité/Colonialité/Décolonialité Le mythe eurocentré de la modernité La conquête de l'Amérique et l'avènement de la première modernité L'ego conquiro et la seconde modernité Le mythe eurocentré de la modernité La colonialité du pouvoir Colonialité et modernité Colonialité du pouvoir et classification de la population mondiale La matrice coloniale de la race La colonialité du savoir Universalisme et eurocentrisme Science moderne, hybris et projet colonial Épistémicide et savoirs non eurocentrés Interculturalité critique et pluriversité La colonialité du savoir La colonialité de l'être Au-delà de la modernité/colonialité Pensée liminaire et pratiques décoloniales Vers une transmodernité 3. Élargissements théoriques et militants La colonialité du genre María Lugones La critique du féminisme blanc Le concept de colonialité du genre Le féminisme décolonial d'Abya Yala Intersectionnalité et imbrication des oppressions À la recherche de généalogies féministes locales Le féminisme communautaire : un féminisme des voix autochtones Théories sur l'origine du patriarcat à Abya Yala Approches décoloniales de l'écologie politique La colonialité de la nature : deux approches pionnières L'invention du développement Vers le post-développement Une politique du lieu Une écologie politique située, relationnelle et intégrale : le cas du PCN Conflits ontologiques.
Notice biographique :
Philippe Colin est maître de conférences en civilisation de l'Amérique latine à l'université de Limoges. Spécialiste de la Colombie, ses travaux de recherche portent notamment sur la construction des imaginaires nationaux et l'émergence des mouvements indianistes.
Lissell Quiroz est professeure d'études latino-américaines à CY Cergy Paris Université. Ses recherches portent sur l'histoire des femmes, de la santé et des féminismes en Amérique latine. Parmi ses derniers ouvrages figure Mettre au monde. La maternité, enjeu de pouvoirs (Pérou, 1820-1920) (Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2022).