Extrait
Extrait de l'introduction
Les philosophes des Lumières ont éclipsé les figures religieuses du XVIIIe siècle. De cette époque, la mémoire collective française a surtout retenu la décadence et la fin de l'Ancien Régime, la Révolution et le triomphe de la Raison.
Le monde de la théologie et les débats internes au Christianisme ont pourtant joué un rôle éminent dans ce tournant de civilisation ; ils constituent un maillon essentiel pour comprendre les évolutions de l'Europe et de ses sphères d'influence.
Avec Siegmund Jakob Baumgarten (1706-1757), Jonathan Edwards (1703-1758), George Whitefield (1714-1770) et même John Wesley (1703-1791), Nicolas Louis de Zinzendorf compte parmi les leaders religieux ou théologiens protestants assez méconnus de ce siècle.
S'intéresser à la vie du comte de Zinzendorf, au coeur des grands débats de son époque, permet de comprendre quelques traits de ce XVIIIe siècle considéré comme la période d'éclosion de la modernité. Non seulement il est un miroir de son temps mais il marque aussi de son empreinte de nombreux penseurs, même s'il n'a pas à proprement parler de disciples. Son influence sur John Wesley, à l'origine du méthodisme, est décisive. Dans la génération suivante, Friedrich Schleiermacher, considéré comme le fondateur de l'herméneutique moderne, partage sa conception de la religion basée sur l'intuition. Lessing fait l'apologie de Zinzendorf contre ses détracteurs. Novalis, Herder ou Goethe expriment de la considération pour son oeuvre, notamment pour son génie poétique. La spiritualité de l'Alsacien Jean-Frédéric Oberlin est héritière de sa vision pastorale et de ses expériences dans le domaine de la pédagogie. Au cours de la première partie de sa vie, Karl Barth rejette sa «Jésus-latrie» pour lui opposer la complète altérité de Dieu (1922) ; or, dans une seconde étape, au moment où il réaffirme l'humanité de Dieu (1956), le théologien de Bâle salue en Zinzendorf un des rares personnages de l'histoire du Christianisme à avoir à ce point magnifié l'amour de Jésus.
En Allemagne, les travaux de toutes sortes sur Zinzendorf surabondent. En revanche très peu de textes en français retracent son histoire. Curieusement, en 1765, le réformé Louis de Jaucourt, un des principaux collaborateurs de l'Encyclopédie universelle dirigée par Diderot et d'Alembert, écrit l'article «Herrnhutisme», nom qui désigne alors le mouvement initié par Zinzendorf. Il dresse un portrait bienveillant de ses membres :
«... gens fort estimables par leur conduite et par leurs moeurs. Nous nous sommes bien gardés de leur imputer des sentiments qu'ils n'adoptent pas, ou de tirer de leurs opinions des conséquences qu'ils rejetteraient ; nous n'avons parlé d'eux que d'après eux. Ce que nous venons d'en rapporter est un précis laconique que nous avons fait du livre d'Isaac le Long, écrit en Hollandais, sous le titre de Merveilles de Dieu envers son Église, Amst. 1735, in-8°».
Les philosophes des Lumières ont éclipsé les figures religieuses du XVIIIe siècle. De cette époque, la mémoire collective française a surtout retenu la décadence et la fin de l'Ancien Régime, la Révolution et le triomphe de la Raison.
Le monde de la théologie et les débats internes au Christianisme ont pourtant joué un rôle éminent dans ce tournant de civilisation ; ils constituent un maillon essentiel pour comprendre les évolutions de l'Europe et de ses sphères d'influence.
Avec Siegmund Jakob Baumgarten (1706-1757), Jonathan Edwards (1703-1758), George Whitefield (1714-1770) et même John Wesley (1703-1791), Nicolas Louis de Zinzendorf compte parmi les leaders religieux ou théologiens protestants assez méconnus de ce siècle.
S'intéresser à la vie du comte de Zinzendorf, au coeur des grands débats de son époque, permet de comprendre quelques traits de ce XVIIIe siècle considéré comme la période d'éclosion de la modernité. Non seulement il est un miroir de son temps mais il marque aussi de son empreinte de nombreux penseurs, même s'il n'a pas à proprement parler de disciples. Son influence sur John Wesley, à l'origine du méthodisme, est décisive. Dans la génération suivante, Friedrich Schleiermacher, considéré comme le fondateur de l'herméneutique moderne, partage sa conception de la religion basée sur l'intuition. Lessing fait l'apologie de Zinzendorf contre ses détracteurs. Novalis, Herder ou Goethe expriment de la considération pour son oeuvre, notamment pour son génie poétique. La spiritualité de l'Alsacien Jean-Frédéric Oberlin est héritière de sa vision pastorale et de ses expériences dans le domaine de la pédagogie. Au cours de la première partie de sa vie, Karl Barth rejette sa «Jésus-latrie» pour lui opposer la complète altérité de Dieu (1922) ; or, dans une seconde étape, au moment où il réaffirme l'humanité de Dieu (1956), le théologien de Bâle salue en Zinzendorf un des rares personnages de l'histoire du Christianisme à avoir à ce point magnifié l'amour de Jésus.
En Allemagne, les travaux de toutes sortes sur Zinzendorf surabondent. En revanche très peu de textes en français retracent son histoire. Curieusement, en 1765, le réformé Louis de Jaucourt, un des principaux collaborateurs de l'Encyclopédie universelle dirigée par Diderot et d'Alembert, écrit l'article «Herrnhutisme», nom qui désigne alors le mouvement initié par Zinzendorf. Il dresse un portrait bienveillant de ses membres :
«... gens fort estimables par leur conduite et par leurs moeurs. Nous nous sommes bien gardés de leur imputer des sentiments qu'ils n'adoptent pas, ou de tirer de leurs opinions des conséquences qu'ils rejetteraient ; nous n'avons parlé d'eux que d'après eux. Ce que nous venons d'en rapporter est un précis laconique que nous avons fait du livre d'Isaac le Long, écrit en Hollandais, sous le titre de Merveilles de Dieu envers son Église, Amst. 1735, in-8°».