L'Evangile de Jean demeure un défi incontournable, parce que
c’est là que se trouvent les fondements des thèmes qui font le cœur
du christianisme. Si le problème de l’historicité du Johannisme
n'est pas résolu, toutes les formes dégradées du christianisme sont
admissibles jusqu’à un vague déisme historique. Depuis 175 ans
cependant, des exégètes allemands réformés, puis depuis une
dizaine d’années, des théologiens de Genève et Lausanne, ont fait
redécouvrir l’importance d’un chaînon manquant de la
construction des évangiles, la Source Q des paroles de Jésus,
premier écrit sorti des traditions orales. Rédigé pour des
prédicateurs itinérants des premières communautés chrétiennes, ce
texte est tiré de quelques 285 versets identiques ou presque
identiques, des évangiles de Mathieu et Luc. Il en est à l’origine
certaine. La Source Q des paroles de Jésus, et peut-être aussi,
l’évangile de Marc, premiers textes assemblés, sont cependant vite
apparus lacunaires et insuffisants ; les premières communautés
chrétiennes réclamant rapidement des rédactions complémentaires.
Ce fut fait à partir de différents points de rédaction. On peut
construire l’hypothèse que Jean était l’un d’eux. D’ailleurs
quelques versets de la Source Q sont déjà fortement marqués de
johannisme. Le quatrième évangile pourrait être considéré comme
faisant partie de cette première vague de compléments tendant à
mettre par écrit des témoignages et des traditions orales, bien que
les présentations postérieures, lors de la mise en place du canon
des évangiles, au IIIe siècle aient longtemps imposé l’idée qu’il
avait été composé en dernier et plus tardivement. De nombreux
éléments permettent de faire cette hypothèse, comme le présente
cet ouvrage.