L'Eglise se présente volontiers avec des certitudes et des conseils. C'est oublier ou dénier qu'elle naît dans un intervalle et une tension : pendant la Passion, Pierre désavoue Jésus, ne peut reconnaître celui qu'il a suivi en cet homme arrêté et humilié. C'est un témoignage d'autant plus incontournable que les quatre évangélistes l'attestent. En revanche, dans les récits de la Passion, la foi s'exprime par la bouche de ceux qui étaient disqualifiés ou étrangers : l'un de ceux que l'on crucifie avec Jésus, le centurion qui assure la garde. Si les textes évangéliques confirment ultérieurement Pierre dans sa position de " pasteur ", c'est à partir de cet épisode, et non dans son oubli ou sa négation. La mission ecclésiale ne consiste pas à se faire l'éducatrice morale de l'humanité, mais à reconnaître sa propre insuffisance et à saluer la façon dont d'autres, parfois bien loin d'elle, découvrent l'essentiel de la vie et de Dieu, par leur regard sur le monde. Comme le " larron " (ou le résistant ?) et le Centurion ont regardé ce Jésus que l'on crucifiait pour avoir voulu " rassembler les brebis perdues de la maison d'Israël ". Cette évidence trop oubliée de l'identité ecclésiale est étudiée en détail dans la lettre du texte évangélique : l'exégèse est nécessaire pour que l'attention portée aux mots nous décentre et nous laisse inspirer par l'esprit du texte - et peut-être par l'Esprit - dans l'élaboration d'un sens qui soit source de vie. François d'Assise fut saisi du désir de restaurer la chapelle de saint Damien, et Giotto le peint avec dévotion. Reconstruire est plus que jamais nécessaire : quand la religion ne se réinterroge pas critiquement sur elle-même, elle ne s'effondre pas forcément, mais elle se pervertit. Relire les messages fondateurs, en construire le sens avec les outils d'aujourd'hui, c'est la condition des renouveaux.