Le Titanic était la vitrine technologique de son époque. Il incarnait aussi le raffinement suprême jamais égalé sur les mers. Il était un palace flottant, un véritable bateau de rêve pour ses passagers. C'était l'orgueil du peuple britannique, le fruit de la science nautique la plus accomplie, à l'aube du vingtième siècle. Le Titanic était le paquebot le plus grand, le plus beau de son temps; le plus sûr aussi. Il était pratiquement insubmersible au regard de la technologie de son époque, mais aussi de l'expérience maritime acquise jusqu'alors. Avec lui, le mythe du bateau insubmersible semblait bel et bien devenir réalité. Euphorie éphémère! Le mythe trop beau aura tourné court et viré à la tragédie en deux petites heures. Les nombreux naufrages qui ont émaillé le cours du vingtième siècle nous rappellent froidement que l'homme est, et sera toujours vulnérable sur les mers. Le Royal Mail Steamer Titanic, fleuron de la compagnie anglaise White Star Line, filiale du puissant trust américain International Mercantile Marine, sombre corps et biens le 15 avril 1912, victime d'un «simple», d'un seul iceberg. Arrogant défi de la technologie humaine à la nature, le grand Titanic s'enfonce majestueusement dans une mer d'huile, par une froide nuit étoilée, en scintillant de tous ses feux jusqu'aux toutes dernières minutes... Tout dans cette tragédie, concourt à provoquer insidieusement le naufrage. Le sort s'est acharné sur ce bateau, à maints égards. Tous les marins le diront sans doute. Aucun bâtiment n'a sombré auparavant en de semblables circonstances; nul doute qu'aucun autre puisse une fois encore être victime d'un sort aussi injuste. Car en effet, le Titanic semble avoir été la cible précise d'un fatal et inhabituel concours de circonstances. Beaucoup d'éléments très variés ont joué contre ce paquebot cette nuit-là, et leur fatale conjonction l'a jeté droit sur l'iceberg meurtrier. Quand on a découvert son histoire, on garde l'obsédante impression que le Titanic n'a pas eu sa chance. L'histoire du Titanic est unique dans les annales maritimes. C'est la représentation populaire du naufrage, ainsi qu'elle figure dans l'imagination collective. C'est un scénario trop invraisemblable pour pouvoir se produire, un déchaînement d'infortunes tel, en un endroit et un moment donné, qu'il nous porterait presque à croire à l'irrationnel, voire à la superstition... Étrangement, on a l'impression que ce superbe bateau ne pouvait échapper à son destin funeste, comme s'il avait été écrit qu'il devait sombrer, comme si son destin tragique avait été scellé d'avance. Le Titanic, c'est le cauchemar instinctif du marin, la hantise subconsciente de l'homme qui s'aventure en mer, la catastrophe qui ne devait jamais se produire. Mais l'océan s'apprivoise avec humilité et se joue cruellement des hommes trop confiants. En ce sens, cette aube glaciale du lundi 15 avril 1912 a une signification très claire... Le Titanic accomplissait alors son voyage inaugural. Il n'a jamais atteint sa destination. L'Atlantique s'en est emparé, comme pour punir les hommes d'un péché d'orgueil.