Va, va, va, va ma vie... Drôle de vie que ma vie. Je ne t'ai pas choisie. Le jour de ma naissance, tu es entrée en moi, par surprise, en intruse, sans chercher à savoir si tu me conviendrais. Or je te vomis, tu m'as trop fait souffrir. À ton tour d'en baver: tu ne m'intéresses plus. Va, va, va, va ma haine... Je sais que tu n'es qu'une pute, un sentiment minable, mais puisque je n'ai plus d'amour, je me raccroche à toi. Haïr, c'est encore exister, se donner l'illusion de porter un projet - et le mien est vengeance. Surtout ne me déçois pas. Va, va, va, va ma main... Tu as écrit des vers, dessiné des soleils et caressé des corps. Au temps de ma jeunesse, tu as comblé mes sens et servi mes folies. Alors, je t'en supplie, ma fidèle complice, évite de trembler quand il te faudra tuer. Va, va, va, va ma mort... Vieille camarade abjecte, tu mesures les dangers que je vais affronter. En experte du risque, tu espères me happer avant l'heure convenue. Ne mens pas, hypocrite, tes faucheurs en salivent. «Tu veux quitter la voie tracée? Eh bien vire, imbécile, on t'attend au tournant!"Leurs menaces m'indiffèrent, ma décision est prise, je ne crains plus leurs faux! Va, va, va, va le train... C'est dans tes wagons gris que je vais faire le ménage. La société étouffe, l'iniquité l'étrangle, les ploutocrates règnent. Le peuple n'en peut plus mais personne ne bouge. Cloué par le système, il hurle sans agir. Protestations stériles. Moi, je passe à l'acte. La République est morte, les salauds tuent et pillent en toute impunité. Au nom des idées neuves - prétendues humanistes -, les flics sont fustigés, les juges bâillonnés, les médias surveillés. Il n'y a plus que les fous qui osent s'insurger. Alors, foutre de la morale, de l'éthique, des lois faites pour les assassins, les escrocs, les parjures! Retour à l'état de nature, je ne fais plus confiance qu'à ma propre justice. Oeil pour oeil, dent pour dent. Dans quelques minutes j'exécuterai deux hommes. L'un avec cruauté, publieront les journaux. Foutaises! Ce monstre aura enfin le châtiment qu'il mérite."