Le temps des grands récits, progressistes ou révolutionnaires, est paraît-il fini. Tant pis, tant mieux: nous préférions les histoires brèves, contes, nouvelles ou apologues, qui laissent l'intime et le politique s'entrecroiser, en donnant sa part au silence. réunit des textes qui tentent l'exercice: pour résister au nouveau gouvernement des âmes et des corps, pour repousser le sentiment qu'il n'y a plus rien à inventer, ils tracent des figures libres qui prennent l'actualité de côté, ouvrent en elle la possibilité un peu oblique d'une fiction, arrachent la rêverie à l'espace privé pour lui donner, un instant, une portée collective. Gilles Deleuze nommait "flagrant délit de légender" cet usage de l'imaginaire, clandestin et minoritaire. II le définissait ainsi: "extraire du mythe un actuel vécu, qui désigne en même temps l'impossibilité de vivre." Ceci est un livre d'images.