Le projet pouvait paraître utopique : réunir des poètes et des penseurs autour de la question d'inspiration hölderlinienne " Pourquoi la poésie en temps de crise ? ", et tenter de dégager une réflexion collective, ou plutôt la réflexion d'un " collectif ", sur le rôle que la poésie pourrait jouer dans la vie de l'esprit au XXIe siècle... La nécessité d'une telle préoccupation conduit à espérer lue ce livre soit reçu comme un engagement en faveur d une plus grande visibilité de la poésie qui, si elle échappe heureusement au " capitalisme culturel ", se voit toutefois condamnée à une image d'élitisme ou de marginalité, postures qui ne correspondent pas à la vérité de son souci. Au-delà de la diversité des voix à entendre dans cet ouvrage, quelle unité, quel horizon commun se dessinent ? Quelles inquiétudes sont partagées ? Et en quoi la poésie contribue-t-elle de manière décisive à la vie de l'esprit - voire à la vie tout court !? Si la poésie doit être renvoyée à une nécessaire humilité; si l'esprit ne peut se saisir que dans l'inquiétude qui lui est consubstantielle ; si la crise est - bien plus qu'une conjoncture - une condition, notre condition; alors les dimensions de vision, d'anticipation, de résistance, de douceur et de musicalité de la poésie ne peuvent que convaincre de l'urgence de la perpétuer. Alors, ce livre, à défaut d'être un manifeste collectif, pourrait-il bien signer l'acte de naissance d'un collectif manifeste ?