Ce volume prend acte d'une revendication propre à la
littérature et jamais analysée comme telle: la volonté affichée
de ne pas savoir. Force est en effet de constater que le
paradoxe, la répétition et toutes les formules de l'incohérence
sont des faits littéraires: mais aussi que des figures idiotes,
ignorantes, illuminées, folles, sauvages, primitives peuplent
depuis toujours la littérature. Comme si cette dernière déclinait
la fonction cognitive qu'on lui reproche de ne pas remplir ou
que l'on tente de lui attribuer. Du XVIIe au XXIe siècle, ce
volume se demande donc pourquoi la littérature se targue de
ne pas savoir: ce refus de savoir est-il un refus du savoir ? Que
sait ou veut nous l'aire savoir celui qui, dans l'habilité
rhétorique, prosodique, narrative, proclame la négation de la
connaissance ? De quels savoirs de la littérature nous
entretient le non-savoir ? Car l'acte même de nier le savoir est
une pensée. mais sur un mode bien particulier, hors des canons
discursifs de la connaissance. La littérature pense a ciel ouvert,
elle pense sans l'abri de la rationalité, elle pense avec
l'imagination, l'émotion, la raison sensible; mais, surtout, elle
pense dans et par l'intelligence du langage. Si savoirs de la
littérature il y a, ce n'est pas tara dans l'exemplarité ou
l'apologétique qu'il faut les chercher que dans l'exercice subtil
et maîtrisé, poétique et. politique, de construire une perte de
sens, de donner des indications pour se perdre, de saisir
l'étincelle de vie qui souvent. fait l'émerveillement. Ainsi, la
littérature ne cesse de penser la catégorie de l'expérience.