S il veut pouvoir tenir la plume ou taper sur un clavier, l écrivain en colère doit se calmer un peu. En colère on n écrit pas: on fulmine, on se récrie, on invective. Il se pourrait cependant que dans l après- coup se produisent des affleurements de textes: l idée et la forme seraient alors affectés par l émotion première. Il doit bien y avoir des cas où la colère s est recyclée dans la matière d une langue littéraire, migrant du corps physique pour innerver le corps de la page. Genet « évoque « l extraordinaire pouvoir verbal de la colère ». Et l on peut rêver, comme Artaud, d une littérature « chargée des colères errantes d'une époque ». En colère on n écrit pas, certes, mais la colère fait écrire: telle est l hypothèse de ce livre. Nous avons demandé à une douzaine d auteurs de livrer leur variation personnelle, sensible, irritée ou sereine, sur cette incandescence - d exprimer leur réflexion et leur humeur sur le rapport insaisissable de la colère au fait littéraire. Qu est-ce que cela signifierait, écrire sous le régime de la colère, et d une certaine façon, sous son emprise? Qu est-ce que cela nous donnerait à penser de cette émotion, une colère écrite, à supposer que cela puisse exister? Y a-t-il un génie colérique de la littérature? Comment la colère travaille-t-elle le texte littéraire, comment émeut-elle la pensée critique, y a-t-il une écriture de la colère, des écrivains en colère? Ce sont des questions de ce genre - et quelques autres -, que cet ensemble de réflexions singulières permettra d explorer, sans en esquiver les impasses et les difficultés. La colère est un anti-neutre, nous dit Barthes. Biographie de l'auteur Jean-Pierre Martin: « Hors de soi » ou du cri à l écrit Jean-François Louette: « Foin de la littérature » (écrivains en colère contre la littérature: Drieu, Bataille, Sartre...) Daniel Bougnoux: « Moteurs à explosions » (Écrit à la suite d une lecture de Peter Sloterdijk, Colère et temps) Claude Mouchard: « Sur l'énergie polémique en littérature » Martine Boyer-Weinmann: « L auteur all arrabiata: de l ire épistolaire » Jacques Neefs: « La colère dans l uvre de Flaubert » (Salammbô, Bouvard et Pécuchet...) Dominique Carlat: « Colère sacrée » Bruno Chaouat: « Feintes colères » Jean-Michel Delacomptée: « De la bile à la colère: Ambroise Paré écrivain » Hélène Merlin-Kajman: « De l'indignation, ou d une traduction rhétorique de la colère » William Marx: « Colère de lettrés » (Autour de la querelle entre Nietzsche et Willamowitz ») Catherine Brun: « Colère et geste critique » Claude Burgelin: « La saveur du sel, Bulles et remous d une colère »u Belinda Cannone: « Une colère » Pierre Pachet: « Décolérer »