Des promesses de cruauté subtile, trahies par un macabre malhabile. Les nouvelles se succèdent férocement autour du personnage de Minitrip, et Gunzig s'en donne à cœur joie : du club de vacances concentrationnaire, à l'attirance entêtante et fatale pour le gouffre infernal, le sexe de la Terre. Le summum du macabre est atteint par la nouvelle-titre, où trois gais-lurons écrasent sous leurs roues une jolie auto-stoppeuse. Celle-ci, blessée mais pas morte, aurait terni leur soirée. Cette jeune fille protéiforme, silhouette farouche ou fragile, met en lumière un répertoire lugubre et laborieux, manquant d'humour, aussi noir soit-il. Parfois, un rayon de poésie vient chatouiller la lecture, une métaphore enfantine… "Elle était belle comme des vacances à la mer". On sourit presque. Ici, l'image est malicieuse ; plus loin, elle sera maladroite. Ailleurs, l'Infante d'Espagne fait un caprice le jour de son mariage. C'est joli et c'est cruel. Mais on a tort d'espérer la suite : le meilleur est derrière nous. Le potentiel de l'auteur est latent, au fil de son écriture, mais trop vite rabroué par la facilité d'un style "jeune écrivain", oral et fatigant, estampillé par la collection qui l'édite. Laissons-lui le temps.--Sophie Rouanet--