"J'ai consenti à être un homme, j'ai choisi d'être un homme", écrivait jadis un tout jeune Gustave Thibon. Je cite cette humble et fière parole pour le pouvoir qu'elle a de m'évoquer son auteur, sa liberté, et sa docilité, en un mot: sa grâce - la grâce incomparable de celui qui, selon le mot de Nietzsche, sait "danser dans les chaînes". Un homme. Pas un philosophe, pas un écrivain. "On me parle de ma vocation, dit-il. Je trouve le mot prétentieux. Je dirais plutôt ma fatalité..." Fatalité qu'il domine en nous ouvrant son esprit aussi généreusement qu'on ouvre son cœur. Car un homme a besoin, pour mieux se parler à soi-même, de s'adresser à ses semblables. Quand cet homme est Gustave Thibon, il suffit qu'il s'adresse à nous pour nous rendre plus intelligent: il nous donne de comprendre tout ce qu'il nous donne à comprendre. Telle est la marque de son génie.