Si l'on connaît désormais mieux en France le phénomène historique et culturel désigné sous l'appellation «Vienne 1900», le personnage qui en fut l'initiateur puis le propagandiste est resté dans l'ombre peut-être à cause même de la notoriété par trop bruyante dont il sut s'entourer. Surnommé alors «l'homme d'après-demain» ou bien encore «le dépasseur», Hermann Bahr fut la cible d'écrivains plus jeunes que lui et appelés à une plus durable gloire : au premier rang d'entre eux, Karl Kraus, qui fait ici, à dix-huit ans, ses premières armes de polémiste et ne cessera tout au long de sa carrière d'écrivain de s'acharner sur le «Monsieur de Linz» dans sa célèbre revue Die Fackel (Le Flambeau). L'acharnement de Kraus ne se comprend toutefois qu'à proportion de la place que Hermann Bahr revendiquait, attestée en particulier par l'extraordinaire autoportrait dont de larges extraits sont ici reproduits et traduits pour la première fois. Ils accompagnent des textes théoriques inspirés par les nouveautés que Paris faisait découvrir et dont l'influence sur la «jeune Vienne» fut très réelle.