La neige était arrivée pendant la nuit, saupoudrant le paysage, fine comme de la brume, portée par le vent d'ouest. Elle avait dû venir de très loin. L'odeur de la mer y était encore présente et la chaleur du soleil matinal la faisait monter au-dessus de l'immense toundra triste. Nuage d'Argent avait vu la mer, longtemps avant, quand il était enfant et que le Peuple chassait encore sur les terres de l'ouest. La mer était immense, obscure, toujours en mouvement, capable de luire - comme un étrange feu liquide - quand le soleil tombait dessus sous un certain angle. S'y aventurer, c'était la mort; la contempler, c'était un enchantement. Il ne la reverrait plus, il le savait. Les Autres tenaient maintenant les terres côtières, et le Peuple reculait, se rapprochant chaque année un peu plus du lieu où naît le soleil. Et même si les Autres venaient à disparaître aussi brusquement qu'ils étaient apparus, Nuage d'Argent avait bien conscience qu'il n'avait aucun espoir de retourner là-bas. Il était trop vieux, trop boiteux, trop proche de sa fin. Il faudrait la moitié d'une vie à la tribu pour refaire le chemin en sens inverse.