A peine élu, en 1986, secrétaire perpétuel de l'Académie française, Maurice Druon conduit une croisade à laquelle il participait déjà depuis longtemps : celle pour la langue française. Menacée par l'invasion de " l'anglosabir ", mais plus encore par celle des jargons technocratique, publicitaire ou audiovisuel, notre langue appartient, démontre-t-il, au patrimoine commun de l'humanité. Elle est la langue du droit, la langue avec laquelle l'homme ne peut pas tromper l'homme.
De lettres ouvertes en conférences - qui l'ont mené à Bruxelles, Marrakech, Dakar, plus loin encore au Québec, au Brésil et dans l'océan Indien - Maurice Druon n'a cessé de se battre. C'est ce combat, tantôt ironique, tantôt grave, que retrace ce livre ; On y revit des moments passionnés de notre histoire commune - ah, la réforme de l'orthographe ! On y découvre aussi que la défense de la langue française n'est pas, comme on a voulu le faire croire, une cause passéiste, mais une manière - moderne - de défendre la République : Prétendre qu'un parler correct est un privilège de classe, s'écrie Maurice Druon, est un gigantesque mensonge. Au contraire, c'est la maîtrise du français qui efface les différences sociales.
Dans le texte liminaire, qui donne son titre à l'ouvrage, Maurice Druon expose, sans ménagement, les raisons pour lesquelles la dégradation du langage révèle un affaissement de conscience collective.