Extrait
Accoutré de son habit trop large pour ses épaules voûtées, le soliste a traversé la scène, sans un regard pour l'assistance, et s'est assis devant le Bösendorfer Impérial. Ses cheveux avaient blanchi, il avait pris un peu de ventre aussi, mais son visage n'avait rien perdu de sa légendaire gravité. Les gens n'en finissaient plus de l'acclamer, grisés de leur propre ivresse.
A ma droite, une bourgeoise en vison hurlait des chapelets de «Bravoooo» en battant des mains. Indifférent au vacarme, le pianiste a disposé derrière lui les basques de sa queue-de-pie, prélevé la serviette blanche posée sur le tabouret et s'est essuyé lentement le visage. Ce geste rituel a été salué par une gigantesque ovation. Oui, c'était bien lui. Le miracle se réalisait après quinze années d'absence : Rémy Bonsecours était de retour parmi nous. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .