Nous n’arrivons même plus à nous mettre d’accord sur les faits. Il y aurait des faits « CNews » ou « Fox News », et des faits « médias mainstream » ou « politiquement corrects ». L’échange public des opinions est miné par cette conviction : À chacun ses faits. Vraiment ?
Le travail de recueil de « faits », par une subjectivité soucieuse de les transmettre à d’autres subjectivités, ne renverrait à aucune histoire riche de sens ? Sait-on seulement tout ce qu’a apporté, sur ce sujet, la naissance du journalisme moderne dans la deuxième moitié du XIXe siècle ? La notion de « fait » est cruciale pour notre vie collective. Y renoncer, à l’heure où menace, déjà, le « deep fake » rendu possible par l’intelligence artificielle, c’est accélérer, la virtualisation du monde. Celle-ci est en cours. Il ne faut pas s’y résoudre.
Table des matières :
La fragilité des faits La virtualisation du monde Nos vies bavardes La question de l'impartialité (1) : le partage du sensible La question de l'impartialité (2) : les "rituels d'objectivité" La vengeance de la rumeur Le rétrécissement de la curiosité Demain, le deep fake La "factualité" et le corps La construction des faits La haine des journalistes "Un monde hostile" La vie des autres
Notes Biographiques :
Géraldine Muhlmann, agrégée de philosophie et de science politique, ancienne élève de l’École Normale Supérieure, est professeure à l’Université Paris-Panthéon-Assas. Elle est l’auteure de Du journalisme en démocratie (Klincksieck, 2017), d’Une histoire du journalisme xixe-xxe siècle (Seuil, coll « Points », 2007) et de La Liberté d’expression (Dalloz, 2015). Son dernier ouvrage, L’Imposture du théologico-politique, a paru aux Belles Lettres en 2022. Elle est aussi depuis septembre 2022 la productrice de l’émission quotidienne « Avec philosophie » sur France Culture.