L’un des rares « hommes de liberalite » dans une « epoque de bigoterie » selon Waldo Emerson, « premier homme completement moderne » selon Leonard Woolf, Montaigne a marque l’histoire de la pensee liberale.
Certes, les Essais ne sont ni un ouvrage de philosophie politique ni un ouvrage d’economie. Mais la mutation anthropologique et morale qu’ils annoncent aura des effets dans ces deux domaines. Leur valorisation d’une ethique centree sur l’autonomie et l’expression de soi, leur critique des diverses modalites d’autoritarisme et de domination, la cesure, souvent conflictuelle, qu’ils instaurent entre l’homme prive et les offices publics, conduisent a une reevaluation de la fonction et des limites des institutions politiques, faisant, pour reprendre la formule de Tocqueville, d’« une sorte d’egoisme raffine et intelligent [...] le pivot sur lequel roule toute la machine ». La définition de cet égoïsme vertueux constitue une réponse aux défis du temps provoqués par la crise de l’humanisme, la découverte d’un nouveau monde, mais aussi des brutalités qui ont accompagné sa conquête, et avant tout la guerre civile engendrée par les conflits confessionnels.
Partant des réflexions de Montaigne sur la relation à soimême et aux autres, Thierry Gontier en analyse les conséquences morales et politiques. Il fait dialoguer les Essais avec quelques-unes des grandes philosophies de notre temps autour du libéralisme (Arendt, Rawls, Habermas, Derrida, Taylor, etc.) pour décrire ces modèles alternatifs de refondation du social que sont l’amitié et la conférence.