Extrait
Cependant, la joie que lui provoquaient ces phrases était trop ténue pour le satisfaire. Samuel était conscient que ces femmes lui mentaient. Ainsi cherchait-il à compenser avec toutes sortes de brutalités les duretés qu'il ne pouvait pas leur infliger. Il les manipulait comme si leur corps était en plastique. Il les tordait dans tous les sens. Il leur provoquait des sciatiques, des lumbagos, des bleus, des paralysies partielles. Et il les traitait de «sales putes», de «sacs à bites», de «trous infâmes». «Je vais te baiser, je vais te faire enfiler par l'ensemble de la planète. Je te viole, je te défonce, je pisse sur toi, écarte tes jambes et montre-moi, tu n'es rien, rien», leur criait-il. Jamais il ne s'arrêtait de parler, de promettre, de menacer, d'injurier. Et moi je pensais : «S'il pouvait m'enfoncer une belle queue il se tairait, il serait doux, il m'aimerait.»
La puissance des bites avait toujours été fondamentale pour moi. Et c'était moins la taille ou la grosseur de cet organe qui comptait que son élasticité. J'avais compris assez tôt qu'il n'y a que celles de cette race si spécifique qui peuvent réveiller la méduse qui sommeille au fond de nos abîmes et dont la fonction est de nous avaler tout entières. Non seulement la totalité de notre géographie mais aussi de notre biographie, de notre mémoire, de notre condition humaine. Nous remercions alors Dieu qui n'existe que pour être le réceptacle de la reconnaissance que nous ressentons. Tandis que les hommes qui n'ont pas le pouvoir de la réveiller ne nous procurent que des jouissances limitées, celles qui viennent du clitoris qui ne nous permettent pas d'accoucher de Dieu, mais juste d'adoucir l'aridité générale de la vie humaine. On le lèche, on le frotte et nous sommes englouties pendant quelques secondes et d'une manière très superficielle.