Ils sont jeunes, citadins, étudiants pour une part, et sont issus des "bonnes familles" locales du sud de la France, près de la frontière espagnole. Par appât du gain (ils ne "consomment" pas), et sur une période de quelques années seulement, ils entrent dans le commerce de l'héroïne entre l'Espagne et la France, devenant pour un temps des étrangers d'un genre particulier. Sont-ils de "mauvais héritiers" ? des "déviants occasionnels" ? Une sociologue qui enquêtait sur les Gitans les a rencontrés. Elle raconte sur fond de trafic de drogue une curieuse réconciliation, celle de certains membres de la communauté gitane et de ces jeunes bourgeois qui depuis longtemps les stigmatisent. A travers ses observations, elle se livre également à une réflexion sur la figure de l'étranger de l'intérieur - particulièrement intéressante pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui en Europe où, les frontières et les identités subissant un profond remaniement -, c'est-à-dire non pas un marginal, mais celui qui sait être, momentanément ou durablement, dans le cadre d'échanges spécialisés ou généralisés, à la fois "d'ici et de là-bas". Elle montre enfin comment des familles "bien établies" fabriquent en leur sein les déviances les plus dangereuses tout en les masquant derrière l'image de l'autre, "ethnique" si possible, et toujours rejeté. Manière aussi de comprendre un peu mieux certaines des tensions sociales actuelles et les évolutions qu'elles sont susceptibles de produire.