Y a-t-il une résurgence de l’antisémitisme en France ? Et si oui, comment la définir ? Est-ce un antisémitisme à origine arabo-islamique, une dénonciation de la Shoah Business, l’existence des groupuscules néo-nazis qui se développent depuis les années 80 ? Journaliste au Monde et spécialiste de l’histoire des juifs, Patrick Weil s’interroge dans cette Histoire personnelle de l’antisémitisme sur sa génération précisément, celle qui a grandi dans les années 70 et qui a pour "tâche de renouer le fil interrompu d’une assimilation devenue impossible". Ce qu’il est précieux de comprendre dans ce texte très réfléchi, c’est que, en même temps que renaît un activisme antijuif en France, depuis l’attentat de la rue Copernic jusqu’au procès Papon, en passant par les événements de Carpentras, se reforme également chez toute une génération de jeunes juifs "un lent processus de réappropriation du judaïsme". Weil enquête sur ces trois dernières décennies en constatant bel et bien qu’il existe consciemment ou inconsciemment dans les mœurs françaises un antisémitisme vivace et honteux "qui emprunte toutes sortes de détours qui entretiennent son invisibilité et brouille les pistes". Il y a dans ce livre la volonté "d’expliquer la genèse de l’antisémitisme contemporain" sans chercher à ressasser un discours de persécution et de victimisation, sans chercher non plus à taire inutilement la renaissance d’un activisme antijuif ou d’un sentiment d’antisémitisme "qui se transmet volontiers sur le mode de la connivence par clin d’œil autant que par vocifération". --Denis Gombert