La conviction d'être le peuple élu s'enracine au cœur de la foi d'Israël. Mais elle justifia aussi, par réaction, tous les antisémitismes.
La Bible, pourtant, ne nous fait pas entendre qu'un seul discours sur l'élection. A trop vite tirer à soi tel passage, on en vient à travestir dangereusement son message.
En réalité, la critique des dérives intégristes auxquelles peut donner et a donné lieu le thème de l'élection d'Israël est le fait de l'Ancien Testament lui-même.
Il est vrai que dans les temps d'oppression et de déportation la conscience d'être le peuple de Dieu a permis à Israël de fortifier son espérance et d'assurer son identité. Et ce fut là, notamment, le grand dessein auquel se consacrèrent les auteurs successifs du Deutéronome, à l'époque de la domination assyrienne, puis de l'exil babylonien.
Mais il est tout aussi vrai qu'à chaque fois aussi se sont levés des hommes avertis, dans la foulée des prophètes de jadis, pour mettre en garde contre la tentation du nombrilisme voire de l'exclusivisme ravageur. L'histoire d'Abraham, réécrite au retour de l'exil, en est l'exemple le plus impressionnant, qui souligne combien Dieu n'a cessé d'élargir à tous les peuples son élection et sa bénédiction.
Telle est la découverte majeure que ce petit ouvrage réserve à ses lecteurs. On en saisira d'emblée tous les enjeux aujourd'hui.