Depuis sa découverte des œuvres de Jean-Jacques Rousseau, le marquis de Girardin, propriétaire du château d'Ermenonville, applique à la lettre les principes du philosophe : il instruit son fils Fernand, jeune aristocrate enflammé, selon les principes d'éducation du roman Emile; dans sa propriété d'Ermenonville, il crée un paysage ressemblant à s'y méprendre à celui décrit dans la Nouvelle Héloïse; et les innovations politiques réclamées dans le Contrat social retiennent toute son attention. Aussi quelle n'est pas sa jubilation lorsque Jean-Jacques Rousseau en personne, son épouse et sa belle-mère acceptent de venir habiter le pavillon qu'il a fait aménager dans le parc de son château ! La présence de son "maître vénéré" est une chance inespérée pour le jeune Fernand. Mais bientôt, un doute à propos de la bonne foi de Rousseau le tourmente : il est troublé par le contraste entre la capacité du grand homme à percer à jour avec une extraordinaire acuité le cours du monde et son incapacité à percevoir rationnellement son environnement proche...
Lion Feuchtwanger nous livre ici une sorte de roman policier psychologique, assorti d'une large perspective historique qu'il n'hésite pas, pour renforcer son propos, à ponctuer d'inexactitudes, menant au passage une réflexion sur un thème universel : une philosophie est bien différente dans la théorie et dans la pratique, et il faut beaucoup de sang et d'horreurs pour inscrire une idée sublime dans la réalité.