Pour son dernier-né dans la collection Mouche, Agnès Desarthe poursuit l'immersion dans le monde des bonnes actions qu'elle envisageait dans Les bonnes intentions. Car le métier de Choupiche le génie, c'est précisément de résoudre des problèmes par des actes, bons… ou mauvais. Et lorsqu'il décide de se retirer de la profession, le chef suprême des génies lui impose une dernière épreuve qui devrait, s'il y réussit, assurer sa quiétude et l'autoriser à prendre sa retraite. Mais parvenir à extirper trois vœux de l'archiduchesse Socissèche relève de la mission impossible, car la demoiselle a tout. Ce petit conte cruel résonne comme une critique, plutôt sévère, de notre société et de notre culture… D'un côté, il montre le désarroi que provoque un monde saturé de biens de consommations. De l'autre, il infirme le goût judéo-chrétien à faire le bonheur des autres malgré eux… Ainsi, lorsqu'il est question de faire un "vœu pieux" - c'est à dire un vœu pour autrui -, la petite-fille rétorque : "Voyons, Choupiche, ça ne marchera jamais. Ne me dis pas que depuis quatre mille ans tu ne sais pas encore que seuls les vœux égoïstes peuvent se réaliser (…)'. Objectif ? Cynique ? Amer ? Le propos surprend par son caractère indéfectible. Illustré avec bonheur par Anaïs Vaugelade, l'histoire s'achève sur une petite morale pleine de bon sens : vouloir faire le bien à tout prix relève de l'égocentrisme et conduit parfois à faire le mal… Peut-être inspirée par la théorie du don de Marcel Mauss, Agnès Desarthe a su mettre au point un récit qui fait mouche. --Sylvaine Jeminet--