Journaliste québécois, Bernard Valcourt n'en est pas à son premier spectacle d'horreur. Il a vu la famine en Ethiopie, la guerre au Liban. Il en est revenu fatigué. Et c'est plutôt par désoeuvrement qu'il accepte, au début des années 90, une bien futile et utopique mission : installer une télévision libre et indépendante au Rwanda. Au centre de Kigali, la capitale, la petite société des Occidentaux en mission se réunit tous les dimanches autour de la piscine de l'hôtel des Mille-Collines. Des Blancs nonchalants qui nagent et boivent pour tuer le temps tandis que l'air alentour vibre de la fièvre du génocide. C'est sur ce tempo irréel que Valcourt pénètre peu à peu dans l'autre réalité : celle des miliciens hallucinés par la haine et l'alcool, des fillettes violées et des villages qui s'entre-tuent à coups de machette. Au fil de ses amitiés, de ses enquêtes, et surtout de son amour pour Gentille, la serveuse tutsie qui finira violée et dépecée sur le bord d'une route, Valcourt impuissant et lucide, plonge peu à peu dans le cauchemar rwandais. Une douleur sourde parcourt ce roman d'un humanisme infiniment sensible, à la fois marche funèbre et histoire d'amour, porté par une écriture limpide et tendre.