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Le monde entier est rempli d'esprits mauvais et nuisibles ! Surtout la nuit. Ils sont alors invisibles, insaisissables. C'est bien tout le problème de Yukel, juif américain aux airs de Turc égaré, retranché dans une baraque de fortune, au bord d'un étang, traversé par des songes étranges et visité par son passé (de jeune étudiant à la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris), dérangé par de vieux rabbins vénérables, des "intermittents du shabbat", une femme sublime, projection féminine du divin... De quoi filer, répondre aux invitations aux voyages, de quoi s'enfuir surtout ! S'engage alors une fuite qui très vite vire au cauchemar, jalonné de fanatiques, de justes et de messies disséminés un peu partout sur le territoire américain. Le Plus Grand Rabbin du monde est le roman d'un homme ballotté, usé et abusé par l'exacerbation collective, sur le mode drolatique. Trop, c'est beaucoup trop ! La vie est une vaste rigolade, semble dire l'auteur... Allons-y franchement ! En érudit iconoclaste, Denis Baldwin-Beneich puise dans l'Ancien Testament (et la nouvelle Amérique) dans les dictons et principes, les tourne, retourne, commente, réagit, rebondit tant qu'il peut sur les formules, les adages, bouscule les aphorismes. Il joue avec son temps, avec la religion, à la manière d'un Woody Allen qui ne ferait là pas œuvre intimiste mais du cinémascope, épousant les formes, les formats et les rythmes d'un Cecil B. de Mille moderne. Voilà une course endiablée bien contemporaine. C'est dense (parfois un peu trop, si bien qu'on s'y perd), mais joliment prenant ! --Céline Darner